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	<title>BLOUSE</title>
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	<description>Blues de consultation - Le blog d&#039;une jeune interne en Médecine Générale</description>
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		<title>Solstice</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Feb 2012 07:09:54 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Hôpital]]></category>

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		<description><![CDATA[Ma rencontre avec Jérôme, 8 ans, n&#8217;était pas une simple rencontre. C&#8217;était bien plus que ça. Jérôme a littéralement fracassé mon existence. Jérôme aimait le foot, la guitare, les clémentines et les dragibus roses. Il aimait marcher pieds nus dans &#8230; <a href="http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2012/02/06/solstice/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=355&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ma rencontre avec Jérôme, 8 ans, n&#8217;était pas une simple rencontre. C&#8217;était bien plus que ça. Jérôme a littéralement fracassé mon existence.<br />
Jérôme aimait le foot, la guitare, les clémentines et les dragibus roses. Il aimait marcher pieds nus dans l&#8217;herbe, courir dans la boue, sauter dans les flaques d&#8217;eau à pieds joints et faire des batailles de boules de neige. Bref, il aimait ce qu&#8217;aiment tous les enfants, en un mot, la vie, par dessus-tout.</p>
<p>Mais Jérôme avait une maladie très grave.</p>
<p>En fait, Jérôme était mourant.</p>
<p>Sauf que personne n&#8217;avait encore eu le courage de le dire à ses parents.</p>
<p>Et Jérôme aimait ses parents.</p>
<p>Sa tumeur cérébrale l&#8217;avait rendu paraplégique il y a déjà bien longtemps. Aujourd&#8217;hui, il n&#8217;était plus tout à fait le petit garçon que tout le monde avait connu. Le foot, c&#8217;était à la télé qu&#8217;il le regardait, du fond de son lit. La guitare, il en écoutait sur des CDs que sa maman lui mettait sur une vieille chaine HiFi d&#8217;occasion. Les dragibus roses, il n&#8217;arrivait presque plus à les avaler.<br />
La nuit, il rêvait de marcher pieds nus dans l&#8217;herbe, de courir sous la pluie, de sauter dans les flaques et de se faire à nouveau gronder par sa maman, ou encore de refaire un bonhomme de neige. Il parait qu&#8217;il pleurait parfois en dormant.</p>
<p>C&#8217;était un petit garçon singulier, comme beaucoup d&#8217;enfants malades le sont. Il trouvait ça étrange comme mot, le mot tumeur. « Tu meurs » il disait. Tout est dans le mot. Pourquoi tant se garder d&#8217;en parler en public alors.</p>
<p>A vrai dire, Jérôme est entré dans nos vies un lundi matin. Aucun d&#8217;entre nous ne le connaissait encore puisque d&#8217;ordinaire il était suivi dans le service de Neuro Pédiatrie du grand CHU de la région. La nuit passée, il s&#8217;était mis à vomir, encore et encore. Ça n&#8217;allait pas fort.<br />
Il ne parlait que d&#8217;Hippolyte, son cheval, qu&#8217;il souhaitait revoir avant. Avant quoi ? Ben voyons, puisqu&#8217;il vous dit que c&#8217;est écrit dans le mot. La tumeur.<br />
Jérôme savait. Il était le seul à oser en parler, le seul à mettre les mots sur la douleur et l&#8217;angoisse. Le seul à dire qu&#8217;il allait mourir. Que c&#8217;était pour bientôt. Quand le docteur du grand CHU avait dit « soins palliatifs », il avait tout compris.<br />
Quand je l&#8217;ai vu pour la première fois, il était déjà inconscient. Une seconde l&#8217;anisocorie, puis, très rapidement, la seconde suivante, la mydriase bilatérale aréactive.</p>
<p>Il avait raison Jérôme. Tout est dans le mot. La tumeur.</p>
<p>Ses parents, désespérés, perdus, nous ont supplié de le sauver. 1L d&#8217;oxygène aux lunettes, un scope sans alarmes, une dose de Solumédrol. Surtout pas de douleurs. De la pudeur. Vite, mais en silence. Remplir le dossier, en silence. Appelez nos chefs, à demi mot. Amener quelques chaises, sans trop de bruit. Et une couverture, pour ne pas sentir la morsure du froid. Un moment aussi serein que possible. Un ballet de funambules.<br />
Je me tenais contre le mur, derrière le chef de garde. Incapable de sortir de là sans briser le moment. Un peu gênée, ne sachant trop où me mettre, ni comment aider. La maman de Jérôme pleurait beaucoup. Un instant elle s&#8217;est tournée vers nous et, tout doucement, elle s&#8217;est excusée. Comme ça, entre deux sanglots, des excuses venues d&#8217;on ne sait où. Excusée d&#8217;être venue si tard. Elle voulait venir avant, mais il souhaitait tant revoir Hippolyte, cette brave bête, le compagnon de toujours. C&#8217;est quand il a perdu connaissance dans la voiture qu&#8217;ils ont pris un virage vers chez nous, en suivant les panneaux indiqués Urgences Pédiatriques.<br />
Jérôme, je ne t&#8217;ai connu que dans le coma, mais ta maman m&#8217;a beaucoup parlé de toi. Avec tant de détails que je n&#8217;ai eu aucun mal à imaginer ce petit garçon que tu étais. Je te vois sauter dans les flaques, j&#8217;imagine ton air penaud devant ton pantalon sali. Toi avec Hippolyte, toi à l&#8217;école, toi parlant de ta tumeur.</p>
<p>C&#8217;était un moment paisible et doux, empreint d&#8217;une tendresse infinie, que ce moment où tu es parti. Cette seconde intense et brutale où la vie t&#8217;a quitté.<br />
Ta maman a dit des prières magnifiques. Chaque personne qui a passé le pas de la porte de ta chambre n&#8217;a pu s&#8217;empêcher d&#8217;être émue aux larmes tant votre relation était touchante.<br />
Bien après encore, elle a prononcé des paroles que peu d&#8217;entre nous ont eu l&#8217;occasion d&#8217;écouter tant sa voix était chuchotée. <em>« Ne t&#8217;en fais pas, Jérôme chéri, le moment est venu. Il ne faut pas avoir peur. Ça ne fait pas mal, ils ont dit qu&#8217;ils feront tout pour que tu n&#8217;aies pas mal. Tout le monde est là. Après ça, ce sera beau. Tu pourras courir à nouveau dans les champs, sauter dans les flaques. Tu seras avec ton Hippolyte. Le voilà qui arrive. Tu pourras le monter à nouveau et ensemble vous irez vite et loin, et j&#8217;aurais peur pour toi, comme avant&#8230; »</em></p>
<p>Ta maman et toi, ce jour-là, vous nous avez tous bouleversés.<br />
Que faire après ça ? Eviter de croiser le regard d&#8217;un autre membre de l&#8217;équipe pour ne pas pleurer. Ravaler des torrents de larmes. Se cacher dans un recoin pour respirer un grand coup. Sortir, sourire, et se refondre dans la masse des consultations d&#8217;urgence qui n&#8217;en sont pas une. Revoir le prochain petit qui va bien et ses parents exaspérés d&#8217;avoir trop attendu. Pardon, nous étions occupés. Non nous ne buvions pas le café. Oui, désolée pour l&#8217;attente.<br />
Occulter, mettre de côté, je dirai même refouler. Puis, quelques temps après, coucher ces émotions restées intactes sur le papier.</p>
<p>Et puis vivre fort, intensément, se rappeler pour un temps au moins la brièveté de l&#8217;existence.</p>
<p>Et, pour un temps aussi, à la manière d&#8217;un enfant, aimer la vie, par dessus tout.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/355/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=355&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Annaelle</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Jan 2012 09:23:18 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Annaelle est revenue. C&#8217;était très exactement sa cent trente deuxième consultation aux urgences pédiatriques en 12 années de vie. On a compté. Une habituée en quelque sorte. Elle a beaucoup changé, la petite Annaelle, c&#8217;est une ado maintenant, qui cache &#8230; <a href="http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2012/01/16/annaelle/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=338&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Annaelle est revenue. C&#8217;était très exactement sa cent trente deuxième consultation aux urgences pédiatriques en 12 années de vie. On a compté.</p>
<div>
<p>Une habituée en quelque sorte.</p>
<p>Elle a beaucoup changé, la petite Annaelle, c&#8217;est une ado maintenant, qui cache de ravissants petits yeux bridés sous une frange trop longue qui lui mange le visage. Comme tous les ados quoi. Elle dit non à tout, refuse de se laisser examiner, soupire bruyamment, puis s&#8217;exécute quand même, s&#8217;assied sur la table d&#8217;examen en marmonnant « <em>hompf, fais chier</em> ».</p>
<p>Oui, c&#8217;est une ado maintenant. Elle vient sans son doudou. C&#8217;est fini le temps de l&#8217;enfance où elle me faisait des dessins. Elle me connait bien désormais. Et je la connais aussi, depuis fort longtemps. Elle vient toujours accompagnée de sa mère, une femme froide et rigide. Elle me touche cette petite. Par bien des aspects elle me rappelle <a title="Petite maltraitance ordinaire, Acte III, final." href="http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/09/09/petite-maltraitance-ordinaire-acte-iii-final/">Amélie</a>, son histoire de vie est sensiblement la même au départ.</p>
<div>
<p>Depuis toujours je la trouve triste, introvertie, renfrognée. Sa mère, quant à elle, je la trouve tout simplement folle, au sens psychiatrique du terme. Verbalement agressive, psychologiquement maltraitante. Faussement affairée, surtout fuyante.</p>
</div>
<div>
<p>Annaelle ne sort pas, elle n&#8217;a pas d&#8217;amis ou si peu. Elle ne joue pas, ne crie pas, ne chante pas. En présence de sa mère, elle ne parle même pas. En fait, c&#8217;est à peine si elle respire.</p>
</div>
<p>S&#8217;il y a de l&#8217;amour dans cette relation mère-fille, il est bien caché. Jamais je n&#8217;ai vu aucun geste tendre, aucune parole rassurante, même quand Annaelle était plus jeune et que les blouses blanches et les hôpitaux la terrorisaient. Bref, si elles s&#8217;aiment, ces deux-là ne se le disent pas.</p>
<div>
<p>La consultation est rythmée d&#8217;ordres et d&#8217;interdits. « <em>Tais-toi</em> » « <em>Arrête de chouiner</em> » « <em>Ne bouge pas </em>» «<em> Reste-là </em>» Voire parfois, à certaines de nos questions, « <em>ne répond pas</em> ». D&#8217;insultes aussi « <em>Tu es une nulle, une bonne à rien, tout ça c&#8217;est à cause de toi </em>». Ces mots-là, par contre, je les ai entendus beaucoup trop souvent dans la bouche de cette femme.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas un hasard si je la connais bien ma petite patiente, car, comme je l&#8217;ai dis plus haut, le moins qu&#8217;on puisse dire, c&#8217;est qu&#8217;elle vient souvent. Toujours pour la même chose, peu importe pour quoi. Elle a subi tous les examens complémentaires qui existaient, le bilan étiologique est resté négatif. Elle récidive souvent, sans qu&#8217;on sache donc pourquoi.</p>
<p>Elle vient nous voir, on la traite, elle guérit, elle repart. Avec toujours ce même constat, partagé par toute l&#8217;équipe médicale et paramédicale. Elle souffre. Pas physiquement, mais ailleurs, plus profond.</p>
</div>
<p>Son père est parti quand elle avait trois ans, et sa mère agit comme si elle voulait le lui faire payer. Il avait beau les violenter toutes les deux, elle ne supporte pas la vie sans lui. Annaelle porte le poids d&#8217;une culpabilité trop grande pour elle. Sa mère nous met tous mal à l&#8217;aise. Dans sa manière d&#8217;être avec nous, mais aussi à sa façon de parler à sa fille. Comment réagir, dans le cadre d&#8217;une consultation d&#8217;urgence, face à une maman qui exerce sur son enfant pareille pression psychologique. Qui lui allègue yeux dans les yeux que c&#8217;est à cause d&#8217;elle que sa vie est foutue. Qu&#8217;elle n&#8217;aurait jamais du l&#8217;avoir. Voire même qu&#8217;elle «<em> regrette qu&#8217;elle soit toujours en vie </em>».</p>
<div>
<p>On serait choqués de savoir ce qui se passe parfois dans certaines maisons, le soir, une fois les volets clos. Si la mère d&#8217;Annaelle est capable de tout cela face à nous, de quoi d&#8217;autre est-elle capable sans témoins. De quelles paroles, de quels reproches, de quelles brimades, de quelles oppressions.</p>
<p>Ce soir là, une fois Annaelle soignée, alors que je lui remettais son carnet de santé et son ordonnance de sortie, elle s&#8217;est soudain mise à pleurer, à hurler. Devant toute une équipe médicale ébahie, elle s&#8217;est accrochée à la blouse du chef de garde et l&#8217;a supplié de l&#8217;hospitaliser. « <em>Gardez moi ici, je ne veux pas rentrer ! Je veux rester !</em> »</p>
</div>
<p>Dans toutes les consultations d&#8217;Annaelle se cache un appel au secours. Je le sens bien. J&#8217;ai souvent essayé de la faire parler, de l&#8217;aider à verbaliser. Je me heurte dès lors immédiatement à un mur. Comme si elle s&#8217;ouvrait l&#8217;espace d&#8217;un instant, prête à tout me raconter, et que lorsque je m&#8217;approchais un tant soit peu du but, elle se reprenait et se refermait à la manière d&#8217;une huitre. Annaelle n&#8217;est pas encore complètement une ado. Dedans, c&#8217;est toujours une petite fille, perdue, craintive, noyée dans les interdits. Quand elle a baissé sa garde à nouveau pour nous supplier de rester, je l&#8217;ai revue enfant, prête à tout dire et se retenant.</p>
<div>
<p>Le chef n&#8217;avait pas de lit dans l&#8217;hôpital. Il n&#8217;a pas pu la garder. Et quand bien même il aurait pu, il n&#8217;aurait fait que retarder l&#8217;échéance. Dans quatre ou cinq jours, durant lesquels elle aurait refusé d&#8217;adresser la parole à qui que ce soit, un autre chef aurait signé ses papiers de sortie.</p>
<p>Annaelle est rentrée chez elle et j&#8217;en garde un intense sentiment de frustration. De la colère, de la tristesse, et un fond de culpabilité. Je me sens coupable de n&#8217;avoir pas pu la garder, mais aussi et surtout de ne pas savoir comment l&#8217;aider.</p>
<p>Sa mère a coupé court à ses suppliques en la prenant par le bras et en lui intimant un « <em>Tais-toi</em> » qui ne laissait aucune place à la négociation.</p>
<p>Non, Annaelle n&#8217;est pas encore une ado. C&#8217;est une petite fille. Une petite fille qui se tait, et que je ne sais pas comment faire parler.</p>
</div>
</div>
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		<item>
		<title>Un Conte de Noël aux Urgences Pédiatriques</title>
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		<comments>http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/12/25/un-conte-de-noel-aux-urgences-pediatriques/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 25 Dec 2011 11:56:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>stitchette</dc:creator>
				<category><![CDATA[Hôpital]]></category>

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		<description><![CDATA[Il était une fois au siècle dernier une jeune fille aux longs cheveux roux qui vivait dans un petit village de campagne provinciale norvégienne. Elle n&#8217;était ni particulièrement jolie ni particulièrement intelligente, mais elle avait un très grand coeur. Descendante &#8230; <a href="http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/12/25/un-conte-de-noel-aux-urgences-pediatriques/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=327&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il était une fois au siècle dernier une jeune fille aux longs cheveux roux qui vivait dans un petit village de campagne provinciale norvégienne. Elle n&#8217;était ni particulièrement jolie ni particulièrement intelligente, mais elle avait un très grand coeur. Descendante d&#8217;une longue lignée de bergers, elle était tout naturellement prédestinée à la garde et au soin des moutons. Pourtant, elle nourrissait un grand rêve secret que personne à part elle ne connaissait : celui de devenir docteur.</p>
<p>Un beau matin d&#8217;hiver, alors qu&#8217;elle traversait la forêt enneigée à la recherche de bois pour le feu, elle entendit un long cri plaintif retentir au loin.</p>
<p>Aussitôt, triste de savoir qu&#8217;il était un être souffrant en cette magnifique forêt, elle se mit bien évidemment en quête de son futur nouveau patient.</p>
<p>Au bout d&#8217;une demie heure de marche, guidée par les futés petits esprits de la forêt, notre jeune bergère se retrouva finalement nez à nez avec un pauvre renne blessé. Sa patte semblait cassée et il souffrait beaucoup. Elle lui fabriqua donc une attelle de fortune à l&#8217;aide de branchages et de quelques feuillages, puis elle l&#8217;enveloppa dans sa grande cape en laine et le hissa sur ses frêles épaules. Elle le porta jusqu&#8217;à son humble chaumière et le déposa devant un réconfortant feu de cheminée.</p>
<p>Au bout de trois jours, la veille de Noël, le renne était guéri. Lorsqu&#8217;on frappa à sa porte, la bergère était toute affairée à préparer un bon repas de fêtes. Un gros bonhomme tout de rouge et blanc vêtu apparu dans l&#8217;entrée.</p>
<p><em>« Ho Ho Ho je suis le Père Noël, je viens récupérer mon ami le renne Rudolf ! Oh mais je vois qu&#8217;il a été parfaitement bien soigné, vous feriez un merveilleux docteur mademoiselle ! »</em></p>
<p>Sur ces mots, le jeune bergère rougit tout naturellement.</p>
<p><em>« Oh oh mais je vois que j&#8217;ai touché un point sensible », reprit le Père Noël. « Voyez-vous jeune fille, le vieil homme sage que je suis connait tous les rêves secrets de ceux qui croient en lui ! J&#8217;ai ma petite idée pour vous remercier des bons soins que vous avez prodigués à mon fidèle Rudolf&#8230; »</em> dit le Père Noël en se frottant les mains.</p>
<p>Et c&#8217;est ainsi qu&#8217;il y a près de 100 ans une jeune bergère devient non seulement le docteur du Père Noël, mais aussi celui de ses rennes, de son épouse, la Mère Noël, et de tous les joyeux enfants Noël !</p>
<p>&#8230;</p>
<p><em>&#8221; - Et c&#8217;est donc comme ça que je suis devenue le docteur du père Noël ! Tu vois, la preuve, je porte une barrette renne qui m&#8217;a été offerte l&#8217;an dernier par lui-même en personne. Regarde, c&#8217;est Rudolf, le renne au nez rouge !</em></p>
<p><em>-Bon docteur, z&#8217;ai bien tout compris. Ze dois être bien sage, sinon tu vas le raconter au Père Noël !</em></p>
<p><em>-Voilà, c&#8217;est ça ! Alors, tu vas me laisser t&#8217;examiner ?</em></p>
<p><em>-Oui, mais avant, z&#8217;ai quand même une question&#8230;</em></p>
<p><em>-&#8230;</em></p>
<p><em>-T&#8217;as quel âge toi, parce que c&#8217;est vrai que tu fais suuuuuper vieille, mais ze t&#8217;aurais pas donné 100 ans quand même !</em></p>
<p><em>-(Sourire)</em></p>
<p><em>-Plutôt 40, comme ma môman quoi &#8230;&#8221;</em></p>
<p>Foutue spontanéité.</p>
<p><em>P.S : Rapport à l&#8217;actualité, cette histoire prouve que vétérinaires et médecins peuvent bel et bien <a href="http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/sante/les-veterinaires-peuvent-ils-remplacer-des-medecins_1061602.html">se substituer</a> l&#8217;un à l&#8217;autre&#8230; Enfin, dans les contes de Noël&#8230;!</em></p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p>Sous mon sapin ce Noël, une superbe idée de cadeau, offerts par un ami très cher, les livres de Jaddo et Maître Mô  (et dédicacés s&#8217;il vous plait !)</p>
<p>Joyeux Noël à tous !</p>
<p><a href="http://lablousedelastitchette.files.wordpress.com/2011/12/acamerazoom-20111225102329045.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-331" title="Maître Mo" src="http://lablousedelastitchette.files.wordpress.com/2011/12/acamerazoom-20111225102329045.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a><a href="http://lablousedelastitchette.files.wordpress.com/2011/12/acamerazoom-20111225102129423.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-330" title="JADDO" src="http://lablousedelastitchette.files.wordpress.com/2011/12/acamerazoom-20111225102129423.jpg?w=225&#038;h=300" alt="" width="225" height="300" /></a></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/327/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=327&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Nous ne sommes pas des héros</title>
		<link>http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/12/12/nous-ne-sommes-pas-des-heros-2/</link>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 06:59:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>stitchette</dc:creator>
				<category><![CDATA[Hôpital]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous ne sommes pas des héros. Quoique certains puissent le penser. Nous ne sauvons pas le monde. Nous ne sommes ni Doug Ross, ni Derek Sheperd. Ce n&#8217;est pas tous les jours comme dans les films. Nous ne passons pas &#8230; <a href="http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/12/12/nous-ne-sommes-pas-des-heros-2/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=318&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous ne sommes pas des héros.</p>
<p>Quoique certains puissent le penser.</p>
<p>Nous ne sauvons pas le monde.</p>
<p>Nous ne sommes ni Doug Ross, ni Derek Sheperd. Ce n&#8217;est pas tous les jours comme dans les films. Nous ne passons pas nos soirées dans la fumée épaisse des moteurs en feu à marcher sur les éclats de verre brisés de voitures accidentées. Nous ne réanimons pas sur des matelas mous. Nous ne sautons pas à califourchon sur les patients, encore moins en mini-jupe. Et généralement ils n&#8217;ouvrent pas miraculeusement les yeux au bout d&#8217;une insufflation et de trois compressions cardiaques inefficaces. D&#8217;ailleurs, ledit patient victime du bouche-à-bouche n&#8217;est que très rarement un bel éphèbe aux yeux bleus-verts. Souvent il s&#8217;agit plutôt d&#8217;un clochard alcoolisé. Nous ne fabriquons pas de canules de trachéotomie avec le corps d&#8217;un stylo bille. Et, même si vous tendez l&#8217;oreille, vous n&#8217;entendrez jamais de petite musique épique retentir à l&#8217;instant victorieux.</p>
<p>Nous ne sommes pas tous beaux. Nos cheveux ne sont pas parfaits. Nous ne sommes pas mannequins. Notre sourire ne brille pas dans le noir. Et puis il y a la <strong>Blouse©</strong>, symbole absolu de ce que doit être LE médecin, parfois même fantasme de certains. Toutefois, s&#8217;il y a une tenue conçue pour ne mettre personne en valeur, c&#8217;est bien elle. De plus, -oh déception-, elle ne vole pas au ralenti dans le vent. Elle n&#8217;est pas d&#8217;un blanc immaculé. Le stock n&#8217;est pas infini. Pourtant, en moins de deux jours, elle est généralement tachée de vomi, d&#8217;urine, d&#8217;excréments, voire parfois de certaines substances nauséabondes inqualifiables. Parfois tout en même temps. Parfois par plusieurs personnes différentes. Et ce en même temps quand même.</p>
<p>Nous ne sommes pas d&#8217;invincibles guerriers solaires auréolés de lumière. Nous sommes des êtres humains. Quand il pleut nous sommes mouillés. Quand il fait froid nous grelottons. La couverture de la chambre de garde nous donne des plaques d&#8217;urticaire.</p>
<p>Assez régulièrement nous ne sommes que des êtres fatigués qui arrivent au bout de leur quatre-vingt cinquième heure de travail de la semaine. Certains soirs de garde il m&#8217;est même arrivé de toquer à la porte AVANT de sortir. Puis de rester bloquée de l&#8217;autre côté parce que voilà, comment voulez-vous retourner dans le box après ça sans vous couvrir définitivement de ridicule.</p>
<p>Parfois cela nous transforme en individus aigris et désagréables. Les cris des enfants nous répulsent. La tête de leurs parents également. Une simple phrase nous insupporte. Par exemple, quand on nous amène un enfant pour<em> « fièvre depuis hier soir »</em>, à la question<em> « A combien est montée la température ?»</em>, la réponse <em>« Il était très chaud »</em> n&#8217;est pas recevable . Il en va de même pour <em>« Au toucher ça faisait 39,5°C »</em>. Quelques infirmier(e)s nous donnent, selon les cas, des envies de meurtres ou de suicide, sans même le savoir. Car à la question <em>« Tu peux m&#8217;aider s&#8217;il te plait, il convulse »</em> la réponse <em>« J&#8217;arrive, je finis juste de ranger les papiers dans le nouveau bureau »</em> est un mauvais choix. Peut mieux faire également pour <em>« Attend, je prend ma pause, j&#8217;arrive dans 15 minutes »</em>. Certains soirs faudrait voir quand même à ne pas abuser : nous ne sommes pas des bisounours.</p>
<p>Donc certains jours nous ne sommes que des humains stupides. Exaspérés. L&#8217;idiote égarée qui passe aux urgences pédiatriques à 2h du matin un dimanche avec une ordonnance de vaccin datée d&#8217;il y a 6 mois fait monter en nous une colère insurmontable. Je ne parle même pas du patient adressé par son médecin traitant il y a plus de dix jours, qui arrive finalement un samedi soir à quatre heures. A ce stade-là, je dois avouer que personnellement je m&#8217;agrippe au bureau pour me retenir de sombrer dans une folie meurtrière infinie. (Il faut admettre que la camisole sied encore moins bien que la blouse&#8230;)</p>
<p>Certains jours nous ne sommes même plus médecins, nous ne sommes que des individus mal à l&#8217;aise face à la détresse de leurs semblables.</p>
<p>A ce sujet, rien ne me plonge plus dans le désespoir que les consultations &#8220;psy&#8221;. J&#8217;en profite pour lancer un appel à tous les médecins de ville dans leurs cabinets : arrêtez de m&#8217;envoyer vos patients psy aux urgences. Même accompagnés d&#8217;un charmant courrier. Sérieusement. N&#8217;essayez plus. Je n&#8217;y connais rien!</p>
<p><em>« La petite Madeleine, 13 ans, se fait harceler depuis 6 mois au collège. Elle se trouve donc en grande détresse&#8230; » « Thibault, 6 ans, présente depuis peu une grande tristesse de l&#8217;humeur secondaire au départ de son père pour Nice (la famille est sans nouvelles depuis)&#8230; » « Anna, 15 ans, refuse de manger depuis 4 jours »</em>.</p>
<p>Et ça vaut aussi pour <em>« Mathéo 12 ans »</em> qui vit en foyer et a essayé de se défenestrer.</p>
<p>Ces enfants ont leur place dans un service de pédopsychiatrie, si possible rempli de gens compétents en la matière. Pas sur une chaise en face de moi dans un service d&#8217;urgences froid et impersonnel. Que voulez-vous que je fasse à leur détresse ? Que je me déguise en clown et que je danse la carioca ? Vous me faites sourire quand vous évoquez l&#8217;intérêt d&#8217;un <em>« premier contact »</em>&#8230; Mais un premier contact avec qui ? Avec mon incompétence et moi-même ? Avec un individu qu&#8217;il ne reverrons sans doute jamais?</p>
<p>Certes je peux écouter tous ces enfants, tenter de les rassurer, les protéger d&#8217;un danger immédiat qui les menace, faire de la garderie, du babysitting. Mais j&#8217;avoue, je ne me sens pas capable d&#8217;apaiser la grande détresse pour laquelle vous me les envoyez. Pourquoi voudriez-vous que je sache mieux que vous ce que je dois en faire? Dans la mesure du possible, j&#8217;essaye de laisser ces consultations à mes chefs. Pas parce que je n&#8217;ai pas envie de soulager leur peine, mais parce que je n&#8217;y suis pas apte. Ma formation me laisse à ce niveau un grand vide. Je préfère donc ignorer sagement le fait que mes chefs ont bénéficié de la même, continuer à voir mes gastros, mes bronchiolites et mes laryngites, pendant qu&#8217;eux prennent deux heures avec ces enfants malheureux que vous m&#8217;envoyez. Tout ça pour qu&#8217;on vous envoie en retour un autre charmant courrier.<em> « J&#8217;ai vu en consultation ce jour le petit T. Je n&#8217;ai rien fait pour lui. J&#8217;ai écouté son désarroi en hochant la tête d&#8217;un air condescendant et affligé. J&#8217;ai même été un peu affligée pour de vrai devant l&#8217;histoire de ce pauvre gosse. J&#8217;ai été pris d&#8217;un élan de bonté : je lui ai pris un rendez-vous chez notre psychologue pour dans 2 mois (son planning est complet). Je la supplierai demain de l&#8217;avancer. Je n&#8217;ai pas de lit pour l&#8217;hospitaliser. Je ne sais même pas où foutre mon asthmatique qui a 89 de sat. Ils ne veulent bien évidemment pas de lui en psy. Je le réadresse donc à vos bons soins. Désolée. Bisous ! PS : ci-joint, un comprimé de valium 10mg pour soulager votre peine. C&#8217;est la maison qui offre. »</em></p>
<p>Certains jours nous nous sentons donc inutiles. Certains jours nous nous sentons incompétents.</p>
<p>Nous ne sommes pas des héros. Le plus grand danger en médecine serait d&#8217;ailleurs de se prendre pour tel. Bien sûr certains jours on est un cador, certains d&#8217;entre nous sont des pointures dans leur discipline. Toutefois le lendemain on peut n&#8217;être rien de plus qu&#8217;un raté. Il faut le garder à l&#8217;esprit.</p>
<p>Non, nous ne sommes pas des héros.</p>
<p>Nous sommes des dieux.</p>
<p>Nan, j&#8217;déconne.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/318/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=318&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Work in progress</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Dec 2011 12:19:55 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[En ces préparatifs de fêtes de fin d&#8217;année, je vous adresse à tous un petit mot pour vous remercier de vos gentils commentaires et vous dire que je ne vous ai pas oublié : je vous prépare un (grand?) changement &#8230; <a href="http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/12/10/work-in-progress/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=312&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En ces préparatifs de fêtes de fin d&#8217;année, je vous adresse à tous un petit mot pour vous remercier de vos gentils commentaires et vous dire que je ne vous ai pas oublié : je vous prépare un (grand?) changement qui me prend un peu de temps&#8230; Désolée pour ce délai d&#8217;attente inhabituel. Guettez bien les prochains jours, un billet apparaitra pour vous faire patienter !</p>
<p>Et en parlant de fêtes, n&#8217;oubliez pas, sous vos sapins, les deux immanquables de cette fin 2011, à savoir les livres de <a href="http://www.jaddo.fr/category/livre/" target="_blank">Jaddo</a> et <a href="http://maitremo.fr/2011/11/17/a-moi-contes-de-mo/" target="_blank">Maître Mô</a>, et dédicacés s&#8217;il vous plait ! Une piqûre de rappel ça ne fait jamais de mal (sauf pour le BCG&#8230;) !</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/312/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=312&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Lettre ouverte</title>
		<link>http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/11/04/lettre-ouverte/</link>
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		<pubDate>Fri, 04 Nov 2011 20:04:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>stitchette</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cabinet]]></category>

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		<description><![CDATA[Désolée par avance de la forme que va prendre ce billet, mais ma réponse était trop longue pour apparaître lisiblement dans les commentaires. &#8220;C’est impressionnant la rapidité à laquelle, suite à un seul commentaire, vous ne faite plus apparaitre cette &#8230; <a href="http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/11/04/lettre-ouverte/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=302&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Désolée par avance de la forme que va prendre ce billet, mais ma réponse était trop longue pour apparaître lisiblement dans les commentaires.</p>
<p><em>&#8220;C’est impressionnant la rapidité à laquelle, suite à un seul commentaire, vous ne faite plus apparaitre cette histoire…si elle vrai, qu’avez-vous à vous reprocher ? Pour ma part, vous n’avez pas à raconter ce que vous vivez au quotidien, et si vous en ressentez le besoin, allez voir un psy…chaque histoire, que vous vivez ou que vos patients vivent, sont des histoires personnelles et parfois douleureuses…</em><br />
<em>A quoi cela sert-il d’aller écrire ces histoires sur un blog ? je ne comprend pas la démarche…</em><br />
<em>j’ai eu de la compassion pour une interne, mais aujourd’hui, je me rends compte que cela a été une belle erreur…je suis triste de m’être trompée.</em><br />
<em>vous êtes comme vous le dite une jeune interne, et il vous manque en effet, selon moi, tout le recul de l’experience…si vous aviez un peu de compassion pour vos petits patients, vous n’étaleriez pas sur la place publique ce qu’ils vivent ou ce que les familles vivent…un peu de retenue, quoi ! Ce que vous écrivez n’apporte rien à personne. Si vous avez besoin de vider votre trop plein d’émotion, je vous suggère de consulter ou de changer de métier… vous n’avez surement pas d’enfant, mais quand vous en aurez, vous comprendrez peur-être le sens de mon propos…</em><br />
<em>Pour terminer, je ne peux que vous conseiller de cesser de faire ce que vous faites, et je me demande même si vous en avez le droit…cela reste à vérifier…avez-vous pensé une seule seconde à la famille d’Antoine ? A ce qu’elle pourrait ressentir en lisant vos propos….en avez-vous seulement mesuré la portée ?! pensez-vous que vous faites plus de bien que de mal ?</em><br />
<em>Au fait, merci pour la leçon d’histoire…mais je continue mes investigations et je me demande si je ne dois pas aller jusqu’au bout pour savoir si d’un point de vue ethique et moral, un jeune médecin a le droit d’étaler la vie des patients sur un blog…&#8221;</em></p>
<p>Bonjour</p>
<p>Si vous aviez lu vos mails avant d&#8217;écrire cette réponse, vous auriez sans doute évité un quiproquo. Voici ce que j&#8217;avais écris :</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p>&#8220;Bonsoir.</p>
<p>D&#8217;après ce que j&#8217;ai pu comprendre vous vous êtes reconnue dans l&#8217;histoire de l&#8217;enfant de mon dernier billet.</p>
<p>Je me permets de vous envoyer ce mail afin de vous dire que bien entendu, tout médecin est tenu au secret professionnel et que les paramètres des histoires que je publie sont entièrement modifiées. Le sexe, l&#8217;âge, le lieu, les temps. Au delà de cela il est bien entendu possible de se reconnaître dans certains détails de mes histoires, mais toute ressemblance avec une histoire réelle/vécue est entièrement fortuite et est le fruit d&#8217;une coïncidence.</p>
<p>L&#8217;histoire dont je parle a eu lieu XXX <em>(j&#8217;ai censuré la partie ou je donnais quelques précisions supplémentaires (rien qui ne brise cependant le secret médical), je ne souhaite pas rendre des informations plus précises publiques</em>). C&#8217;était ma première consultation d&#8217;annonce. XXX (<em>idem</em>). Il est malheureusement décédé d&#8217;un engagement cérébral dans la nuit qui a suivi.</p>
<p>Pour l&#8217;instant j&#8217;ai bloqué la lecture du billet, ainsi que ses commentaires. J&#8217;attends votre autorisation pour le remettre en ligne, et je suis évidemment tout à fait d&#8217;accord pour réaliser de nouvelles modifications si vous le souhaitez. Je suis heureuse que votre enfant aille bien. Indirectement, vous m&#8217;avez fait réfléchir : je publie sans doute trop de billets tristes ces derniers temps, je n&#8217;ai pas envie que les lecteurs aient la sensation que je recherche de la compassion à travers ce blog. Merci pour cela.</p>
<p>Stitchette&#8221;</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p>Je n&#8217;ai donc nullement supprimé l&#8217;article, je l&#8217;ai juste masqué en attentant votre réponse, dans le cas ou vous auriez souhaité que je modifie les données d&#8217;Antoine patient.</p>
<p>Puisque vous ne semblez pas d&#8217;humeur à considérer ma proposition, je vais simplement re-publier mon billet.</p>
<p>Je peux comprendre votre colère, mais mettez vous un peu à ma place. Je publie un article, une inconnue vient dire qu&#8217;elle trouve des ressemblances avec sa propre histoire, qu&#8217;elle croit se reconnaître, je lui confirme que ça n&#8217;est pas le cas, lui propose même de modifier quelques données, pour au final ne récolter que mécontentement voir menaces (?). J&#8217;en viendrais presque à douter de votre bonne foi (internet regorge de trolls, mais vous semblez sincère). Et c&#8217;est surtout profondément frustrant! Dois-je faire cela pour tous mes billets, modifier les patients pour qu&#8217;au final, ils ne puissent correspondre à aucune situation possible? A moins que je ne raconte que toutes ces histoires se déroulent sur Pluton, je pense que cela va être difficile&#8230; Antoine avait donc un prénom différent, un âge différent, un lieu différent, une origine différente. Il a été ma première vraie consultation d&#8217;annonce, souvenirs ravivés par les nombreuses mauvaises nouvelles annoncées récemment ainsi que le visionnage du film <em>La guerre est déclarée</em> qui m&#8217;a fait reprendre conscience un peu violemment qu&#8217;une consultation d&#8217;annonce bien faite n&#8217;existe pas.</p>
<p>Et comme vous semblez vous le demander : non, le secret médical n&#8217;est pas brisé dans ce cas-là. A moins de ne citer explicitement le nom des patients, ou de donner des indications géographiques, je reste dans le cadre de la loi (je remercie au passage la mansuétude de Maître Eolas et Maître Mo qui ont pu me confirmer ce fait). Modifier davantage les caractéristiques des patients comme je le fais est donc une sûreté supplémentaire dont je pourrais me passer si je ne pensais pas que le respect de leur vie privée est si important.</p>
<p>Par contre, vous soulevez un point intéressant.</p>
<p>Pourquoi Bétadine, Perruche, Fourrure, Doc Maman, Dr Stéphane, Jaddo, le spykologue (ordre alphabétique d&#8217;apparition dans les liens, allez faire un tour si vous souhaitez d&#8217;autre exemples, ils sont tous très biens <img src='http://s1.wp.com/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif' alt=';)' class='wp-smiley' />  ) et tous les autres exposent leur quotidien sur internet? Et pourquoi plusieurs personnes viennent les lire?</p>
<p>Je n&#8217;ai pas vraiment de réponse à apporter. Mais peut être une autre question : qu&#8217;est ce qui fait de nous des êtres humains?</p>
<p>Ross Geller répondrait surement le pouce opposable. Que les biologistes me pardonnent (ou ferment leur yeux), mais je préfère centrer l&#8217;humain autour de l&#8217;empathie et de la compréhension d&#8217;autrui.</p>
<p>Ces épisodes de vie de patients nous rappellent à la fois la beauté de la vie, mais aussi sa fragilité ou l&#8217;injustice dont elle peut faire preuve. Reprendre leur histoire, c&#8217;est rappeler que nous sommes humains, partager une parcelle d&#8217;une vie d&#8217;un inconnu, qui pourrait être n&#8217;importe qui autour de nous. C&#8217;est rappeler que même si nous n&#8217;avons pas de but, nous avons le mérite d&#8217;exister. Et qu&#8217;il faut sans doute en profiter tant qu&#8217;on le peut encore, en se tournant vers autrui.</p>
<p>La médecine actuelle se centre sur la maladie. Qu&#8217;apprend-t-on dans les livres? A percevoir les symptômes, et non plus la personne. Qu&#8217;apprend-t-on en pratique? A se débrouiller sur le tas, et à mieux soigner les patients en ne les connaissant pas. Mais que risque-t-on à s&#8217;impliquer? Souffrir? A mon sens, la souffrance est déjà présente dans ce monde, l&#8217;accepter, c&#8217;est commencer à pouvoir la combattre. Jusqu&#8217;à présent, mes plus grosses erreurs dans les consultations, c&#8217;était la fatigue ou l&#8217;inattention. Tout est fait pour nous cacher une affreuse vérité : ce patient là, c&#8217;est un être vivant, et ça pourrait être n&#8217;importe qui, de votre boulanger à votre soeur (on enlève peut-être juste les introductions anales insolites).</p>
<p>En définitive, en partageant leurs histoires, j&#8217;essaie de réaffirmer mes patients en tant qu&#8217;êtres humains, par ce qu&#8217;ils sont et non pas ce qu&#8217;ils ont.</p>
<p>Alors oui, c&#8217;est sûr, ce blog ne permettra pas d&#8217;engager la moindre réforme (petit clin d&#8217;oeil à Jean <img src='http://s1.wp.com/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif' alt=';-)' class='wp-smiley' />  ). Mais s&#8217;il arrive à toucher/accompagner au moins une personne, alors je me considère déjà chanceuse.</p>
<p>Je n&#8217;avais jamais pensé que mon blog serait autant visité.</p>
<p>Je pense que cela serait mentir que de dire qu&#8217;écrire n&#8217;aide pas à surmonter certains évènements douloureux. Mais dans ces cas là, je n&#8217;écris pas sur internet, j&#8217;ai un petit carnet aux reliures bleues. Je prend un beau stylo et ma mémoire, pour faire vivre une dernière fois les émotions qu&#8217;ils m&#8217;ont données. Je ne veux pas les oublier, mais je dois continuer d&#8217;avancer. Alors j’écris.</p>
<p>Mais ce que je publie sur ce blog est différent. Il n&#8217;est plus question d&#8217;y surmonter un évènement, je désire juste le partager pour transmettre un petit quelque chose, que ça soit une idée, une émotion ou une pensée. Ou parfois d&#8217;ouvrir un débat, comme cela a pu être le cas sur la maltraitance, les bonnes pratiques, les réformes de la médecine.</p>
<p>Une question demeure, en revanche : ai-je vraiment pensé à la famille d&#8217;Antoine?</p>
<p>Oui.</p>
<p>Et je n&#8217;ai jamais imaginé que le fait d’écrire son histoire pourrait leur poser problème. Merci de m&#8217;avoir donné votre point de vue, vous êtes le premier commentaire à en parler de cette manière, et à m&#8217;obliger de me questionner sur l&#8217;utilité de transmettre ces histoires. Peut-être qu&#8217;au final, ça n&#8217;est que perçu comme du voyeurisme extrême? Peut-être qu&#8217;au final, ça ne change rien pour la famille? Mais je me demande si, sous un autre point de vue, cela ne pourrait pas aider certaines personnes à surmonter un évènement similaire, que ça leur arrive à eux ou à un proche? J&#8217;espère que c&#8217;est le cas, sinon je vais devoir remettre en cause l&#8217;existence de ce blog. En attendant de résoudre ce débat personnel il n&#8217;y aura sans doute aucune nouvelle publication.</p>
<p>Et pour terminer, pour ce qui est d&#8217;être un bon ou un mauvais médecin, je laisse à mes patients le choix de décider par eux-même, en sachant pertinemment qu&#8217;il est sans doute impossible de contenter tout le monde.</p>
<p>Merci à tous.</p>
<p>PS : pour éviter la survenue d&#8217;un débat virulent entre lecteurs concernant ce billet, j&#8217;ai clôturé les commentaires.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/302/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=302&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Rappel</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Nov 2011 22:27:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>stitchette</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je tiens à rappeler que toutes les informations confidentielles de mes histoires sont modifiées. L&#8217;âge, le sexe, les origines culturelles souvent, les prénoms bien entendu, certains détails de l&#8217;histoire qui ne changent rien à leur vécu, le lieu, les dates, &#8230; <a href="http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/11/04/rappel/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=296&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je tiens à rappeler que toutes les informations confidentielles de mes histoires sont modifiées. L&#8217;âge, le sexe, les origines culturelles souvent, les prénoms bien entendu, certains détails de l&#8217;histoire qui ne changent rien à leur vécu, le lieu, les dates, les temps. Le passé est parfois raconté au présent, et l&#8217;inverse est aussi vrai.</p>
<p>Toute ressemblance avec la réalité serait donc fortuite. Dans le cas où le hasard ferait que l&#8217;un de mes billets fasse écho à une histoire personnelle, je suis évidemment ouverte à le modifier.</p>
<p>N&#8217;oubliez pas, sur 60 millions de français, la probabilité que deux personnes aient les mêmes symptômes, ou des histoires similaires en des moments et/ou lieux différents, est bien entendu très élevée. Abraham Lincoln et John F Kennedy ont été tous deux présidents des Etats Unis, tous deux été tués par des assassins dénominés par 3 noms, de 15 lettres (en l&#8217;occurence John Wilkes Booth et Lee Harvey Oswald), et tous deux sont donc morts un vendredi, assis aux côtés de leurs épouses (on appelle d&#8217;ailleurs ce phénomène le Texas Sharpshooter Fallacy)&#8230;</p>
<p><span style="color:#ff0000;"><strong>EDIT : </strong></span></p>
<div><em>Si cela est possible, je préférerais que le débat ne se centre non pas autour de la forme du commentaire de Furieuse, mais davantage au niveau de son contenu (dans son deuxième post) .</em></div>
<div><em>La méprise de Furieuse m&#8217;a fait réfléchir à une question. Comment réagiriez-vous si vous remarquiez que votre médecin écrivait un blog, et qu&#8217;un article semblait parler de vous ?</em></div>
<div><em>Seriez vous énervé de voir votre vie étalée, ou plutôt réconforté de voir les réactions de compassion? Prendriez-vous mal le fait qu&#8217;il n&#8217;ait pas demandé votre avis?</em></div>
<div><em>J&#8217;ai toujours essayé en tant que médecin d&#8217;être la plus humaine possible. Et dans le prolongement de cet aspect, j&#8217;ai décidé d&#8217;ouvrir un blog, pour partager ces morceaux de vie. On dit que le chemin vers l&#8217;Enfer est pavé de bonnes intentions, et il est possible que j&#8217;ai blessé plusieurs personnes sans le vouloir. Si c&#8217;est le cas, j&#8217;en suis navrée.</em></div>
<div><em>PS : De manière générale, j&#8217;aimerais éviter que les posts ne tournent en pugilat (pour Furieuse comme pour toutes autres personnes intervenant ici). A l&#8217;attention de tout le monde : Merci de rester courtois dans vos commentaires! </em></div>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lablousedelastitchette.wordpress.com/296/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=296&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Antoine, 6 mois</title>
		<link>http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/10/29/antoine-6-mois/</link>
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		<pubDate>Sat, 29 Oct 2011 09:30:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>stitchette</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cabinet]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8220;Tiens, celui -là je l&#8217;ai gardé parce que sa maman était inquiète. Il va bien.&#8221; me dit la collègue de garde en me tendant, à la va-vite, le dossier d&#8217;Antoine, 6 mois, à la fin du staff. Pas d&#8217;urgence, donc. &#8230; <a href="http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/10/29/antoine-6-mois/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=287&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&#8220;Tiens, celui -là je l&#8217;ai gardé parce que sa maman était inquiète. Il va bien.&#8221; me dit la collègue de garde en me tendant, à la va-vite, le dossier d&#8217;Antoine, 6 mois, à la fin du staff.</p>
<p>Pas d&#8217;urgence, donc. Pourtant, la première chose qui me frappe en rentrant dans le box de ce petit blond aux yeux bleus, deux heures plus tard, c&#8217;est une franche anisocorie. J&#8217;examine. Un bon suivi du regard, aucun signe en faveur d&#8217;un rétinoblastome, un examen neuro par ailleurs normal.  Mais Antoine vomit depuis une semaine. Pas tout le temps, juste de temps en temps, le matin, d&#8217;un coup, en jet impressionnant. Aucune notion de traumatisme récent. Hypertension intracrânienne donc. Je ne veux pas voir ce que je sais déjà.</p>
<p>Je me risque à demander à la maman si elle avait déjà remarqué cette asymétrie auparavant. Et voilà que les deux parents explosent en sanglot. &#8220;Notre nièce est morte il y a deux mois d&#8217;une tumeur cérébrale&#8221;. Voilà. Le mot est lâché.</p>
<p>La collègue de la nuit leur a fait voir ce détail qu&#8217;elle avait omis de me transmettre, et la magie d&#8217;internet a fait le reste. Ils ont tapé &#8220;vomissements&#8221; et &#8220;anisocorie&#8221; dans la barre de recherche et l&#8217;ordinateur leur a craché le diagnostic.</p>
<p>Je ne crois déjà plus à une forme constitutionnelle, mais je ne leur dis pas.</p>
<p>Ils ont beaucoup pleuré. On a beaucoup parlé. Des différents diagnostics possibles, des traitements, de l&#8217;importance de la précocité de la prise en charge, des phrases qui rassurent un peu quand même, des mots de réconfort. Des banalités. Le mieux que je pouvais faire en ce début de week end c&#8217;était d&#8217;obtenir un scanner cérébral en urgence.</p>
<p>J&#8217;appelle en radio. Le scanner est en maintenance. Aucune possibilité avant lundi, mais lundi c&#8217;est trop tard. J&#8217;ai eu recours à la traditionnelle phrase d&#8217;urgence : &#8220;Oui bonjour, Dr P., PH en Pédiatrie, je voudrais vous envoyer un petit pour un scan cérébral et cervical.&#8221; Aux grands mots, les grands remèdes. Comme par magie, un appareil vient de se libérer. Je ne prends même pas la peine de sourire devant l&#8217;efficacité de ce subterfuge vieux comme le monde. Triste.</p>
<p>La maman d&#8217;Antoine m&#8217;a prévenue : elle ne supportera pas une mauvaise nouvelle. Je ne cesse de penser à cette phrase. Pendant trois heures, en les attendant, je ressasse notre conversation.</p>
<p>Ais-je bien fait ? Est-ce-que j&#8217;ai dit les bons mots, les bonnes paroles ? Je n&#8217;aurais peut-être pas du y aller comme ça. Peut-être ais-je trop parlé&#8230; Est-ce- que je suis  restée trop longtemps avec eux, ou bien pas assez ?</p>
<p>Vers 18h, alors que ma garde a commencé depuis une bonne heure, Antoine et ses parents reviennent du scanner. Je déchire le scotch de l’enveloppe blanche et je lis le résultat auquel je m&#8217;attendais. Antoine a une énorme tumeur cérébrale. Je m&#8217;assieds. Je souffle. Je ferme les yeux un instant, très fort, en espérant que lorsque je les rouvrirais le résultat qui est écrit là sera différent. Mais rien n&#8217;y fait.</p>
<p>Comment je vais aller leur annoncer ça ? J&#8217;y réfléchis deux minutes, puis je me dis que ça ne sert à rien, car il n&#8217;existe certainement pas de bonne manière d&#8217;annoncer une chose pareille. Et ils doivent être dans le box, à attendre mon arrivée.</p>
<p>Alors j&#8217;inspire, je pousse la porte. Je m&#8217;assieds en face d&#8217;eux. Je prends la main de la maman. Elle s&#8217;effondre. Le papa détourne son regard. Ils savent. Ils savent ce que je vais leur dire avant même que j&#8217;ai pu ouvrir la bouche. Antoine, qui sent bien que quelque chose d&#8217;important se passe, se met subitement à pleurer.</p>
<p>Je leur montre les images. Je leur parle du Dr C., la meilleure oncologue de l&#8217;hôpital, chez qui je leur ai pris un rendez-vous, et qui passera les voir encore ce soir. Je passe un long moment à répondre aux questions. Ils pleurent toujours. J&#8217;ai envie de pleurer moi aussi. Je leur tend un mouchoir, puis un autre. Je fais du mieux que je peux. Pour faire ça bien, pour faire le moins mal possible, pour ne pas pleurer moi aussi. Mais je me sens nulle, comme toujours dans ce genre de moment. Je tiens leur main à tous les deux, longtemps.</p>
<p>Comment faire ça ? Comment annoncer à quelqu&#8217;un l&#8217;horrible, le pire, l&#8217;innannonçable ? Comment faire le moins de dégâts possible ? Peut-on minimiser la douleur ? De quoi se souviendront-ils ? D&#8217;un médecin quelconque dans une chambre grise et froide qui leur a dit sans compréhension que leur bébé allait peut-être mourir, ou de moi, essayant de faire du mieux que je pouvais ? Ça fait maintenant quelques temps que ces questions sont devenues presque une obsession. J&#8217;ai eu l&#8217;occasion d&#8217;entendre quelques personnes relater leur consultation d&#8217;annonce, ce moment où tout a basculé.  Depuis je n&#8217;ai de cesse de me dire que même face à un médecin qui pense bien faire, les parents d&#8217;un enfant ne retiendront peut-être que froideur et prétention.</p>
<p>Il m&#8217;arrive de plus en plus de devoir faire ce genre d&#8217;annonce. Or, je n&#8217;ai jamais appris à faire ça. Je ne peux même pas dire que j&#8217;ai pu observer mes maîtres le faire car à chaque fois ceux-ci préféraient oeuvrer seuls.</p>
<p>Les seules consultations d&#8217;annonce auxquelles j&#8217;ai pu assister m&#8217;ont laissé un goût amer, voire des souvenirs traumatisants. &#8220;Bonjour, donc vous avez un cancer&#8221; ou encore &#8220;Voilà, votre bébé a un truc au cerveau, on ne sait pas encore quoi, mais on ne pourra pas le guérir&#8221;. &#8220;Allons bon, ne pleurez pas, le pire qui peut vous arriver, c&#8217;est mourir&#8221;. J&#8217;ai tellement exécré ces médecins que je ne voudrais pour rien au monde laisser à ses parents un souvenir s&#8217;en approchant, ne serait-ce qu&#8217;un peu.</p>
<p>Je n&#8217;ai donc jamais appris à faire ça. Annoncer l&#8217;inavouable. Alors je fais comme nous tous, sans doute : ce que je pense être le mieux.</p>
<p>Le Dr C. toque à la porte. Je me lève, je la leur présente. J&#8217;ai perdu la notion du temps, je ne sais pas combien de minutes ou d&#8217;heures j&#8217;ai passé avec eux. Mais là je sens que c&#8217;est le moment de sortir.</p>
<p>Vite. Sortir. Quitter cette pièce. Laisser là toute cette peine, cette douleur, cette souffrance qui déborde. En emmener le moins possible avec moi, ne pas la transporter à la maison. Tout laisser ici, derrière la porte du box 36, et, si je ne peux m&#8217;en empêcher, pleurer, mais dehors.</p>
<p>J&#8217;ai la main sur la poignée de la porte. La maman d&#8217;Antoine se lève, son petit toujours cramponné à elle. Elle s&#8217;avance vers moi, me tend la main, et me dit, entre deux sanglots, les yeux pleins de larmes et de mascara &#8220;Merci Docteur, pour tout ce que vous avez fait.&#8221;</p>
<p>Je bredouille. Je sors. Je referme la porte 36 derrière moi. Je m&#8217;adosse au mur, je soupire, c&#8217;était dur.</p>
<p>Je viens de foutre toute leur vie en l&#8217;air. Et elle m&#8217;a dit &#8220;Merci&#8221;.</p>
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		<title>Survie</title>
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		<pubDate>Sat, 15 Oct 2011 17:34:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>stitchette</dc:creator>
				<category><![CDATA[Garde]]></category>
		<category><![CDATA[Hôpital]]></category>
		<category><![CDATA[Internat]]></category>

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		<description><![CDATA[C&#8217;est l&#8217;histoire de ma première intra-osseuse. C&#8217;était une garde horrible. Depuis 17 heures, les gens affluaient avec leurs enfants. Par vagues de dix. C&#8217;était ma sixième garde du mois, il était 4h30, je n&#8217;avais pas encore mangé. J&#8217;avais essayé vers &#8230; <a href="http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/10/15/survie/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=278&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est l&#8217;histoire de ma première intra-osseuse.</p>
<p>C&#8217;était une garde horrible. Depuis 17 heures, les gens affluaient avec leurs enfants. Par vagues de dix.</p>
<p>C&#8217;était ma sixième garde du mois, il était 4h30, je n&#8217;avais pas encore mangé. J&#8217;avais essayé vers 3 heures mais mon plat s&#8217;était, comme souvent, volatilisé comme par enchantement du petit frigo de l&#8217;office. Alors j&#8217;avais fait comme toujours, j&#8217;avais bu de l&#8217;eau à la place ; et du café. Beaucoup de café. Le chef s&#8217;était couché à 3h30 et, au bout de deux coups de fils qui étaient déjà de trop, j&#8217;avais rapidement compris qu&#8217;il valait mieux le laisser dormir. Il en allait de ma survie au sein de ce service.</p>
<p>Moi aussi j&#8217;étais épuisée, j&#8217;aurais donné n&#8217;importe quoi pour un petit quart d&#8217;heure de sieste.</p>
<p>Mais c&#8217;est là que Cléa a décidé d&#8217;arriver, et de bouleverser ma nuit.</p>
<p>Cléa a été le miracle de cette garde, rien de moins. Elle a été amenée à grands renforts de girophares et on ne nous avait même pas prévenus. Je pestais déjà. <em>C&#8217;est vrai quoi, la moindre des choses c&#8217;est de prévenir quand il s&#8217;agit d&#8217;une urgence, non ?</em> Non pas que ça aurait changé quelque chose, mais juste que j&#8217;aurais pu me préparer psychologiquement. Boire un demi litre de café en plus et me donner une ou deux claques. Prévoir l&#8217;aérosol d&#8217;Adré en cas d&#8217;intubation. Réveiller le chef&#8230; Enfin ça, faut voir.</p>
<p><em>&#8220;A priori à l&#8217;accueil ils ont dit que c&#8217;était pour une mort subite, ils ne jugent jamais utile de prévenir pour ça&#8230;&#8221;</em> m&#8217;explique l&#8217;infirmière. Bon soit, mais tout de même.</p>
<p>La maman de Cléa avait retrouvé son bébé inerte dans son lit il y a une demie-heure. Elle l&#8217;a prise dans ses bras et lui a trouvé, disait-elle effrayée, <em>&#8220;un air de petite poupée toute molle et glacée&#8221;</em>. Elle a essayé de la secouer un petit peu, mais doucement parce qu&#8217;elle sait <em>&#8220;qu&#8217;il ne faut pas secouer un bébé&#8221;</em>. Et puis, comme rien ne marchait, elle a paniqué et a appelé le SAMU.</p>
<p>Donc voici Cléa, à peine deux mois, sur mon brancard immense du déchoc, en état de mort apparente. Et voici sa mère qui pleure et qui hurle de douleur dans le couloir. Le décor est planté. Mais c&#8217;est bizarre, j&#8217;ai l&#8217;impression que Cléa respire. Ca fait presque rire l&#8217;équipe. <em>Non, sans blague, je ne peux pas prononcer le décès, elle respire, écoute toi-même, prend le stéthoscope</em>. Faiblement, mais elle respire encore.</p>
<p>OK.</p>
<p>Là il me faut deux secondes et demie de silence pour me remettre de cette mort subite où il n&#8217;y a point de mort.</p>
<p>Il faut que je me reconnecte.</p>
<p>Bon, c&#8217;est parti. Un qui pose une voie, un qui prépare la perf, un qui cherche la table chauffante. <em>Et toi, tu bipes le chef. Oui, même s&#8217;il dort.</em></p>
<p>Cléa est hypotherme à 35.4°C. Elle est archi-déshydratée. Elle frissonne, elle est marbrée de la tête aux pieds, elle présente une cyanose péribuccale et ses membres sont glacés. Bref, c&#8217;est clair, elle est en état de choc. Mais elle n&#8217;est pas morte.</p>
<p>Problème majeur numéro un, personne n&#8217;arrive à la perfuser. Ce n&#8217;est pas faute d&#8217;essayer. <em>Il n&#8217;a pas rappelé le chef ? Rebipes-le, il y a quelque chose qui ne va pas là.</em> Je réessaye aussi, pas moyen de trouver une veine. Son rythme cardiaque se ralentit sensiblement. Elle reste hypotherme malgré la table chauffante. La maman doit se demander ce qu&#8217;on fout là-dedans depuis tout ce temps. Personne n&#8217;a encore osé lui dire qu&#8217;il restait un souffle de vie à son bébé. On a trop peur de lui donner de faux espoirs. Ce serait encore pire.<em> </em></p>
<p><em>Toujours pas de voie ? Appelle le chef sur la ligne directe de sa chambre de garde, son bip doit être foutu, c&#8217;est plutôt inhabituel qu&#8217;il ne réponde pas. Il répond toujours.</em> Il DOIT répondre.</p>
<p>Les secondes passent, interminables. Cléa va très mal. Il faut absolument perfuser. Il faudra peut-être même intuber qui sait. J&#8217;ai trop peur d&#8217;intuber. J&#8217;ai fait ça quelques fois, quand j&#8217;étais externe en anesthésiologie. Je ne sais pas si je saurais le refaire. Je ne l&#8217;ai jamais fait sur un enfant aussi petit. Je ne pourrais pas, j&#8217;en suis presque sûre. C&#8217;est trop fragile tout ça, et ça fait bien trop longtemps. <em>Mais où il est, le chef ?</em></p>
<p>Ne panique pas, ne panique pas, ne panique pas. Et puis soudain, comme un flash. Mon regard se pose sur la petite perçeuse, celle qu&#8217;on a reçue il y a un mois. Il y avait une formation, les internes n&#8217;étaient pas conviés, il fallait qu&#8217;on reste dans les services. Je m&#8217;y étais quand même incrustée, plus par curiosité, parce que je savais très bien que je ne poserai jamais de voie intra-osseuse. Bien sûr. Qu&#8217;ici il y aura toujours un chef sur place pour le faire. C&#8217;est aussi ce qu&#8217;ils nous avaient dit. Donc j&#8217;y étais allée, ça avait contrarié les hautes sphères hospitalières, mais tant pis. En théorie je sais faire, sur des mini-membres en plastique. J&#8217;ai &#8220;appris&#8221;.</p>
<p>Et puis il faut dire qu&#8217;à ce moment-là, on pense tous la même chose : on ne va pas laisser mourir un miracle.</p>
<p>Voilà. C&#8217;était un de ces fameux moments où on se dit, dans notre tête d&#8217;interne,<em> &#8220;Si je ne fais rien, le patient va mourir, c&#8217;est sûr. Alors autant tenter le tout pour le tout&#8221;</em>. Vous auriez dû voir leurs regards de fous quand je l&#8217;ai saisie, cette petite perçeuse. Ma mine paniquée. Le silence profond qui régnait d&#8217;un coup quand je l&#8217;ai approchée du tibia de Cléa.</p>
<p><em>&#8220;Mais, tu sais faire ? Tu es sûre ?&#8221; </em></p>
<p><em>Ben je crois que c&#8217;est ce qu&#8217;on va découvrir dans un instant.</em></p>
<p>Et, pendant que je traverse l&#8217;os, je m&#8217;entends hurler en direction de l&#8217;auxilière de puériculture <em>&#8220;Va toquer à la porte de la chambre du chef, il faut qu&#8217;il vienne&#8230; Tout de suite!&#8221;</em></p>
<p>La voie intra-osseuse est posée. On a remplit Cléa à la vitesse de la lumière. Elle redevient un peu rose, sa fréquence cardiaque et sa tension remontent un chouia. C&#8217;est déjà ça. Elle se réchauffe. <em>On dirait qu&#8217;elle va un peu mieux hein, dites&#8230;</em> Et maintenant, qu&#8217;est-ce-que je suis censée faire ?</p>
<p>Mon coeur va imploser. Toute l&#8217;équipe soupire d&#8217;un coup, comme un seul homme, reprend son souffle. Ils me fixent. Pourquoi d&#8217;ailleurs ?</p>
<p>Le chef arrive enfin. Je suis tellement soulagée que je réfrène un <em>&#8220;Ah tu tombes bien toi&#8221;</em> que j&#8217;ai pourtant sur l&#8217;extrême bout de la langue. A la place je débite, à une vitesse inimaginable, sans même prendre la peine de respirer <em>&#8220;Ben heu c&#8217;est Cléa, elle a 2 mois, on a tous cru qu&#8217;elle était morte mais elle respirait. Elle était déshydratée mais à fond hein, et on n&#8217;arrivait pas à la perfuser, c&#8217;était annoncé comme une mort subite mais elle n&#8217;était pas morte, sauf qu&#8217;elle allait mal et qu&#8217;elle était marbrée de partout et que j&#8217;ai cru qu&#8217;elle allait mourir alors du coup j&#8217;ai posé une VIO, on l&#8217;a perfusée, on l&#8217;a remplie à fond aussi du coup et maintenant je sais pas je crois qu&#8217;elle va un peu mieux mais je suis pas sûre et il faudra peut-être que tu l&#8217;intubes j&#8217;en sais rien moi je sais pas faire ça, je sais rien faire, je suis qu&#8217;interne et je sais pas mais je crois qu&#8217;elle va mieux et&#8230;&#8221;</em> Je respire enfin, je me rends compte que des larmes coulent de mes yeux, je ne sais même pas pourquoi. Qu&#8217;est-ce-que ça vient faire là ce truc au goût salé ? Dieu merci le chef est là.</p>
<p>Je crois bien qu&#8217;il n&#8217;a rien compris à tout ce que je viens de déverser sur lui parce qu&#8217;il fixe le tibia de Cléa et qu&#8217;il me demande <em>&#8220;Mais qu&#8217;est-ce t&#8217;as fait ?&#8221;</em> comme ça, d&#8217;un air atone.</p>
<p>Un peu après, il me semble qu&#8217;il m&#8217;a complimentée. C&#8217;était bizarre, c&#8217;était flou, je ne me souviens plus bien, j&#8217;étais effondrée sur une chaise et j&#8217;étais ailleurs. J&#8217;étais en plein burn out.</p>
<p>Alors, même si l&#8217;hôpital fout le camp, même si le système de santé dépérît. Même si certains jours la mauvaise prise en charge des uns me bouffe, l&#8217;indifférence des autres me ronge, que je suis épuisée, que je meure de faim, que parfois c&#8217;est dur émotionnellement. Même si tout est désorganisé, que le matériel est vieux, que le chef est venu très tard, que parfois nos efforts sont anéantis.</p>
<p>Même si demain je serai aussi nulle que hier, même si c&#8217;est sûrement pas sorcier de poser une voie intra-osseuse et que je n&#8217;ai aucun mérite. Même si je vais peut-être rater toutes les autres, même s&#8217;il va m&#8217;arriver malheureusement de perdre l&#8217;un ou l&#8217;autre patient, parce qu&#8217;un miracle comme ça, c&#8217;est unique.</p>
<p>Oui, même si l&#8217;on croit tous ici, en dedans et en dehors, que l&#8217;hôpital français est foutu, des fois on y fait quand même des choses biens. On y voit des petits miracles. On travaille en équipe, on y est formés, on y apprend. On y pleure, on y rit, on y espère et on y regrette. Et on y empêche des bébés de mourir. Même sans trop savoir ce qu&#8217;on fait.</p>
<p>C&#8217;était la nuit de ma première intra-osseuse.</p>
<p>C&#8217;était aussi la nuit où j&#8217;ai annoncé la meilleure nouvelle de ma vie. <em>&#8220;Madame, en fait Cléa n&#8217;est pas morte&#8230; Vous voulez que je vous emmène la voir ?&#8221;</em></p>
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		<title>Se souvenir des (belles) choses</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Oct 2011 06:17:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>stitchette</dc:creator>
				<category><![CDATA[Internat]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y a parfois, certains jours, de petits moments de nostalgie qui nous traversent tous. Où l&#8217;on se retrouve, comme dans un cliché de série B, assis derrière une vitre, à regarder la pluie tomber, une tasse de thé fumant &#8230; <a href="http://lablousedelastitchette.wordpress.com/2011/10/05/se-souvenir-des-belles-choses/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lablousedelastitchette.wordpress.com&amp;blog=25213632&amp;post=261&amp;subd=lablousedelastitchette&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a parfois, certains jours, de petits moments de nostalgie qui nous traversent tous. Où l&#8217;on se retrouve, comme dans un cliché de série B, assis derrière une vitre, à regarder la pluie tomber, une tasse de thé fumant à la main. Où l&#8217;on se rend compte que quelque part, au fond de soi, on est toujours un peu tout seul. Et personne n&#8217;a envie d&#8217;être seul.</p>
<p>On regarde derrière soi et on se dit que la vie  est un peu comme une danse, alternant allegro ou andantino, rythmée par des moments de joie et de peine, où l&#8217;on invite ceux que l&#8217;on croise sur son chemin. On partage avec eux un bout de leur vie, un pan de leur existence. Et puis ils nous lâchent la main, ils quittent la piste et ils s&#8217;en vont. Ils rentrent chez eux ou ailleurs, choisissent de danser avec d&#8217;autres ou bien de faire une pause et d&#8217;attendre une autre chanson. Ils nous oublient sûrement, au moins un peu.</p>
<p>Je me souviendrai toujours de mes patients. Je connais certains détails de leur vie qu&#8217;ils n&#8217;ont peut-être jamais osé répéter à quelqu&#8217;un d&#8217;autre. Durant cette danse, ils ont tous beaucoup compté pour moi, je me suis attachée à certains, j&#8217;en garde un souvenir tendre, ou encore nostalgique, et je me suis investie pour eux.</p>
<p>Par exemple, en Pédiatrie, je m&#8217;étais beaucoup attachée à Lili. Lili avait 9 mois et ne tenait pas assise. Elle n&#8217;avait d&#8217;intérêt pour rien et ne faisait que hurler. Sa maman venait très peu, restait cinq à dix minutes, et ne s&#8217;en occupait pas beaucoup. Lili était un accident que sa jeune maman n&#8217;avait pas (encore ?) appris à aimer. Je dois avouer qu&#8217;elle me faisait un peu de peine au début, à hurler comme ça tout le temps. Elle adorait la petite peluche orange que l&#8217;hôpital lui avait prêtée, que je la porte, qu&#8217;on chante des comptines en tapant dans les mains, et, par-dessus tout, qu&#8217;on joue aux marionnettes. Tous les matins lorsque j&#8217;arrivais, elle me tendait les bras de derrière son lit à barreau. Alors moi, bien sûr, j&#8217;ai fait ce qui était interdit, je m&#8217;y suis attachée. Juste un peu. Et puis au bout d&#8217;une semaine d&#8217;hospitalisation, elle avait appris à se tenir assise. Elle ne hurlait plus : elle riait. D&#8217;habitude tout le monde est heureux lorsque les enfants nous quittent, ça veut dire qu&#8217;ils vont mieux. Mais là, on était tous un peu tristes. On reconnaît immédiatement un bébé qui manque d&#8217;attention, un bébé qui ne joue pas, qui n&#8217;est pas stimulé. Lili avait beaucoup appris durant cette petite semaine, et on savait bien qu&#8217;en la remettant dans son environnement habituel elle risquait très fortement de ne plus progresser, voire même de régresser.</p>
<p>Quand Liliane, 89 ans, dont toute la famille proche était décédée, est rentrée chez elle, ça m&#8217;a beaucoup manqué de ne plus la voir tous les matins en entrant dans la chambre 32. Elle, ses histoires passionnantes, ses vieilles chansons qu&#8217;elle entonnait de sa petite voix chevrotante, son humour, et sa joie de vivre.</p>
<p>Ceux qui pensent qu&#8217;on ne s&#8217;attache pas aux gens sont des menteurs. Ou alors ils ont découvert la clé d&#8217;un secret que je ne détiens pas encore. Le soignant est un être humain, il a des affinités plus particulières avec certains patients, c&#8217;est un fait. Mais il soignera tout le monde avec le même dévouement. Justement car il est humain, et que vous lui confiez parfois des choses importantes et profondes sur vous. Qui le touchent aussi, souvent. Alors, même si bien sûr nous ne pleurons pas tous les jours, il nous arrive aussi de pleurer, une fois seuls, d&#8217;emmener nos patients et leurs problèmes à la maison, et d&#8217;y repenser même longtemps après. D&#8217;être tristes après un décès, frustrés d&#8217;avoir perdu une bataille contre la maladie, dévastés d&#8217;avoir perdu la guerre.</p>
<p>Car tous ces gens ont été bien plus que des maladies, même bien plus que de simples patients. J&#8217;ai vécu à côté d&#8217;eux, j&#8217;ai connu une part intime de leur vie. Liliane était une ancienne danseuse étoile. Sa chambre était tapissée de photos d&#8217;elle à la grande époque. Ses vieux chaussons roses étaient suspendus au mur. Elle écoutait de la musique classique toute la journée, parfois de l&#8217;opéra. Elle pleurait toujours sur les dernières notes de Nessun Dorma. Elle trouvait bien sûr très injuste que son col du fémur l&#8217;ait lâchée une seconde fois. Elle ne supportait pas que son corps lui fasse défaut.</p>
<p>La seule fois où j&#8217;ai revu mon premier amour d&#8217;adolescente, celui de quand on a 14 ans, des rêves plein la tête et des étoiles au fond des yeux, c&#8217;était en Oncologie, à l&#8217;unité de Greffes de Moelle. Lui aussi est parti, mais beaucoup plus loin&#8230; Benjamin était devenu artiste peintre.  Il avait fait très longtemps semblant de ne pas me reconnaître. Il souffrait beaucoup. De sa détérioration physique. De son état dépressif. Il souffrait tout court aussi ; et beaucoup, aussi. La morphine le faisait halluciner, et ça n&#8217;était pas toujours très drôle. Il avait eu un fils, qui avait deux ans. Il avait très peur qu&#8217;il ne se rappelle pas de lui, après. J&#8217;étais jeune étudiante à l&#8217;époque. Je ne comprenais pas alors que la vie était parfois injuste. Que tous les patients ne se guérissaient pas.</p>
<p>Andréa, 27 ans, était ingénieur agronome. Elle collectionnait les vaches en porcelaine. Elle ne s&#8217;est jamais remise de l&#8217;amputation de son pied. C&#8217;était lors de la récidive de son ostéosarcome. Cette amputation lui a certainement sauvé la vie, pourtant elle se sentait trahie. Par la médecine, par son propre corps, par la vie elle-même. Elle ne parvenait pas à se remettre de la perte de ce membre. Je l&#8217;entends encore, entre deux violents sanglots, nous supplier de le lui rendre. Même si c&#8217;était impossible. Et qu&#8217;elle le savait bien.</p>
<p>Louise, 16 ans, était une très belle jeune fille. Grande, très fine, de longs cheveux blonds ondulés, des yeux magnifiques. On aurait dit une fée. Elle était en train de franchir un nouveau palier dans l&#8217;évolution de sa mucoviscidose. Grégory Lemarchal venait juste de mourir, et ça l&#8217;angoissait beaucoup. Du coup, elle dormait avec un ours en peluche du nom de Foxie. Rose. Avec un petit coeur rouge brodé dessus. Elle n&#8217;avait encore jamais embrassé de garçon.</p>
<p>Antoine, 99 ans, venait de fêter ses 70 ans de mariage avec Hélène. Il ne l&#8217;avait jamais trompée. Il savait qu&#8217;elle avait eu une aventure de son côté, mais elle ne l&#8217;avait jamais découvert. Il lui avait pardonné secrètement et ils étaient heureux, alors à quoi bon.</p>
<p>Henri et Marguerite étaient un vieux couple. Ils avaient tous les deux contracté une poliomyélite dans leur enfance. Parfois, Henri, qui avait mauvais caractère, disait de Marguerite qu&#8217;elle n&#8217;était pas très jolie avec ses jambes en caoutchouc. Marguerite, qui n&#8217;était pas du genre à se laisser faire, lui rétorquait invariablement qu&#8217;en plus de n&#8217;être pas non plus très beau, lui avait de plus la malchance d&#8217;être proprement idiot. Et ça le faisait étrangement rire. On voyait bien qu&#8217;ils s&#8217;aimaient beaucoup ces deux-là.  Autrefois, Marguerite avait fait sept fausses-couches. C&#8217;est pour ça qu&#8217;ils n&#8217;ont jamais eu d&#8217;enfants, même si à l&#8217;époque ils avaient raconté à tout le monde qu&#8217;en fait ils n&#8217;en voulaient pas. C&#8217;était plus simple, et surtout ça leur faisait moins mal de mentir.</p>
<p>Gilles, 47 ans, avait une maladie d&#8217;Alzheimer très précoce. Il collait des post-its partout pour ne rien oublier. Il était bouleversé le jour où il a dû en coller un sur la photo de son épouse et de ses enfants. Je crois bien que c&#8217;est à ce moment-là qu&#8217;il s&#8217;est demandé pour la première fois si sa vie valait vraiment la peine d&#8217;être vécue. Il avait très peur de la réaction de ses proches, il attachait une grande importance à ne surtout pas les blesser. Alors il faisait semblant, autant que possible.</p>
<p>Cécile, 14 ans, venait pour une banale appendicectomie. Elle m&#8217;a confié son homosexualité et sa grande peur d&#8217;être rejetée par sa mère, pédopsychiatre de renom. Elle se sentait un peu différente depuis toujours. Je ne sais pas ce qui lui faisait le plus mal, le fait de ne pas arriver à l&#8217;avouer à sa mère, ou le fait que sa mère, qui pourtant était si perspicace avec les enfants des autres, n&#8217;avait pas su remarquer son mal-être.</p>
<p>Pascal, 55 ans et une fracture du poignet, a spontanément exprimé plusieurs symptômes de dépression grave, notamment des idées suicidaires. Il m&#8217;a avoué au bout de vingt minutes de consultation qu&#8217;il n&#8217;aimait plus sa femme et ne savait pas comment lui dire. Et ça le rongeait.</p>
<p>Victor, 8 ans, placé en foyer depuis sa plus tendre enfance, était hospitalisé car il avait tenté de se pendre puis de se défenestrer. Lui avait beaucoup à raconter, mais surtout des choses tristes. Il aimait les champignons à la crème, la gouache, faire des bulles dans l&#8217;eau du bain, et il écrivait des poèmes qu&#8217;il ne lisait à personne.</p>
<p>Tous ces gens ont été bien plus que des numéros de chambre. Ils ont été, au-delà de la maladie, des personnes à part entière. Avec leurs principes, leurs avis sur tout, leurs loisirs, leurs histoires, leurs passions. Bien plus que de simples patients, ils ont été, même brièvement, des partenaires de danse, de temporaires compagnons de ma petite vie d&#8217;étudiante ou d&#8217;interne. Ils ont tous, à leur manière, compté pour moi.</p>
<p>Gérard n&#8217;a jamais avoué son âge à quiconque, pas même au journal afin de rédiger son annonce mortuaire. Lui non plus n&#8217;était pas que le patient de quelqu&#8217;un, il était aussi mon professeur de danse. Il croyait dans les médecines parallèles. Il était un peu magnétiseur lui-même, et ça me faisait sourire. Il disait qu&#8217;il &#8220;sentait les gens&#8221; et ça, avec le recul, c&#8217;était vrai. Il avait trois chiens, deux chats, et deux perruches. Des enfants et quelques femmes aussi. Une manière intéressante de voir la vie. Et un cancer métastatique.</p>
<p>La dernière phrase qu&#8217;il m&#8217;a dite, je m&#8217;en souviens comme si c&#8217;était hier. C&#8217;était un soir de Nouvel An il y a maintenant plusieurs années. Il m&#8217;a souhaité beaucoup d&#8217;amour. Selon lui, tout le reste venait avec. Il était comme ça Gérard, il croyait dans les choses simples de la vie.</p>
<p>Il est mort récemment. Dans certains journaux, vous pourriez lire des annonces de gens qui l&#8217;ont connu, lui rendant hommage, ou lui adressant un dernier au-revoir. C&#8217;est que c&#8217;était quelqu&#8217;un de bien Gérard, quelqu&#8217;un d&#8217;aimé. J&#8217;ai très souvent dansé avec lui en soirée, lorsque j&#8217;étais seule. C&#8217;est peut-être un peu pour ça,  et surtout parce que la danse était toute sa vie et que lui aussi voyait la vie comme une danse, qu&#8217;il me manque tant. Et c&#8217;est peut-être aussi pour ça qu&#8217;étrangement, plus encore que sa mort, ce qui me fait surtout de la peine, c&#8217;est de savoir que jamais plus nous ne danserons ensemble.</p>
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