Archives Mensuelles: août 2011

Sortie de garde un samedi soir, pour se détendre un peu

Palmarès des phrases inattendues, drôles et/ou déplacées mais toujours saugrenues des patients et de leur famille. Ces phrases qui nous interrogent…

La mère, devant sa fille en état de mal convulsif : "Oh j’aime bien votre serre-tête, il est joli !"
Hum… Merci… ?

L’épouse, auprès de son mari en arrêt cardiaque, juste avant le premier choc :
"Oh lala, oh la lala, avec tout ça je ne sais même pas si je n’ai pas oublié d’éteindre le gaz".
Silence… Suspens… Clear… Choc… Puis :
"Ah si je l’ai fait."
Silence… Suspens… Clear… Choc… Puis :
"Oh mince, j’ai laissé la porte ouverte en partant, j’espère qu’on ne va pas se faire cambrioler…"
Ca, ce serait un sacré coup dur quand même…

Le mari, à côté de sa femme à qui on vient d’annoncer un cancer :
"Merde, merde, merde ! Je te l’avais dit qu’on devait prendre l’assurance annulation pour le voyage en Italie, mais tu ne veux jamais m’écouter ! Et comment on va faire maintenant hein ??"
Re-coup dur.

Dans la même lignée, la soeur de la patiente lors de la consultation d’annonce d’un cancer du sein :
"Pfff tu sais quoi , c’est de ça qu’Annabelle est morte l’an dernier, elle a drôlement souffert dis donc."
Très contributif, merci beaucoup pour votre aide Madame.

Une bonne soeur, enceinte, en consultation gynéco :
"Mais dites-moi Docteur, ça peut s’attraper à la piscine ça ?"
Euuh… Ca dépend, comment était le maître nageur ?

Au téléphone :
"Bonjour, c’est le médecin de l’hôpital où est votre papa…
- Il est décédé ?
- Non, l’opération s’est très bien passée ! Il vous demande.
- Ah merde alors ! …"
Silence contris. Le Docteur Stitchette s’est absentée, veuillez laisser un message après le bip sonore. Biiiip.

La petite patiente démente :
"J’ai connu le Docteur (le médecin chef en l’occurence) du temps où il était gigolo, dans les années 20.
- Mais, Madame, en quelle année croyez vous que nous soyons ?
- 2060."
Arf.

A nouveau au téléphone :
"Oui bonjour, les Urgences ?
- Oui…
- Oui bon alors en fait je voudrais faire une tarte à mon petit fils, mais la pâte à tarte est périmée : je peux encore l’utiliser ?"
Quel est selon vous le sens du mot "Urgences" ?…

Et le mot de la fin, les petites phrases du MMS :
"Vous êtes très jolie." –> Merci
"Suce cochonne." –> On a demandé une phrase avec sujet-verbe-complément Ducon.
"Je voudrais ne pas avoir de rides aux fesses." –> Voilà, par exemple, bien.

Une bouteille à la mer

Chers Docteurs,

C’est en désespoir de cause que je m’adresse à vous aujourd’hui dans ce courrier que je me permets de vous écrire. Car je suis très malade. Je souffre depuis maintenant plusieurs années d’un mal étrange, incurable, que nul ne sait diagnostiquer ni guérir et qui ne cesse de progresser. Beaucoup d’Eminents se sont pourtant penchés sur mon cas, mais aucune de leur proposition ne s’est avérée être salvatrice.

Cela fait quelques temps maintenant que tout a commencé. Au début, les symptômes étaient insidieux, sournois. Je n’en avais pas tous les jours, seulement deux à trois semaines dans l’année. Puis mon moi profond s’est fractionné, j’ai perdu peu à peu comme des morceaux de moi-même. C’est là que la maladie s’est vraiment déclarée. Mes murs humides se sont couverts de mycoses. Puis un beau jour ils se sont fissurés, sans étiologie évidente retrouvée. Les plâtres que vous m’avez posés avec douceur pour réparer mes fractures se sont aussitôt effrités. On me disait que je vieillissais, comme tout le monde, et que cela était naturel. Mais moi je voyais bien que je m’abîmais plus vite que tous mes autres camarades de promotion. A cet instant là, aux débuts balbutiants de la maladie, j’ai même eu l’espoir d’être inclus dans une étude en intention de traiter. La mairie et la poste étaient éligibles, eux ; quant à moi j’ai malheureusement été écarté.

Très vite je suis entré dans une profonde dépression. Je me sentais triste, et seul, abandonné de tous, oui, même de vous. Et il faut dire que beaucoup d’entre vous, souvent les meilleurs, m’ont quitté pour aller vers des cieux plus cléments, notamment les établissements privés.

Dès lors,la plupart de mes enseignants sont vite devenus irrécupérables. Ce sont aujourd’hui de vieux gâteux incontinents. Ils ne sont plus à jour. Ils radotent depuis des années les mêmes fadaises à tous mes nouveaux étudiants. J’en arrive à un tel point que parfois (à vrai dire souvent) je me demande si je ne débute pas tout doucement une démence sénile…

Puis les restrictions budgétaires m’ont essoufflé. J’ai fait deux ou trois épisodes d’OAP flash dans les années 2000, je ne sais plus bien quand. Et enfin est venue ma grande embolie pulmonaire, qui m’a laissé pour seul souvenir le coeur pulmonaire chronique séquellaire que je traîne aujourd’hui. Je suis à bout de souffle, et mon asthénie est désormais chronique, elle est ma compagne de tous les jours.

Et voilà qu’aujourd’hui, j’observe que l’on se met à déshabiller Paul pour habiller Jean. On me ferme en effet bon nombre de mes services, que je juge pourtant formellement indispensables à la bonne prise en charge de mes patients, pour permettre à d’autres de mieux tourner à moindres frais.

Depuis plus de 5 ans je suis en aplasie médullaire. Mes petits globules blancs, vénérables infirmières et internes, seuls combattants survivants de la maladie qui m’envahie peu à peu, sont à un point d’épuisement professionnel inimaginable.

Par ailleurs, j’observe depuis peu une aggravation de ma condition sous la forme de nouveaux symptômes comportementaux inattendus et inconnus. Il semblerait presque que je sois devenu vénal, sectaire. Je suis désormais dans l’incapacité de laisser entrer un patient se faire soigner avant de lui avoir demandé sa carte vitale et un ou deux chéquiers. Docteurs, je ne me reconnais plus. Mon comportement n’a jamais été tel auparavant. J’en viens presque à me demander si je n’aurais pas une tumeur cérébrale qui expliquerait tous mes symptômes? Tout cela m’inquiète au plus haut point.

Bien sûr, les administratifs et les politiques ont tenté un traitement lors de l’instauration de la tarification à l’acte, mais je vais plus mal encore. Et si je n’étais pas aussi bien élevé… Ah ça me démange de vous dire ce que je pense de leur traitement, oui, ça me démange et pas qu’un peu. A vrai dire, il se trouve que j’y ai même faire un urticaire allergique réactionnel géant. Un cas d’école ce choc anaphylactique, comme dans les livres de cours. Avec un magnifique oedème de Quincke. Ce jour-là mes soignants ont bien cru que tout était fini. Les 4 mg d’adrénaline que vous avez, pétris de bon sens, tenté de m’injecté, m’ont hélas réanimé à grande peine.

Je m’adresse à vous en tout dernier recours, car je sens que mon coeur s’affaiblit. Ci joint mes constantes habituelles de ce jour (Tension artérielle 6/2, fréquence cardiaque 140). Mon dernier bilan est alarmant. Ma fonction hépatique s’est considérablement aggravée et ma créatinine atteint des sommets. Autour de moi tous commencent timidement à évoquer la possibilité d’une défaillance multiviscérale. Ils pensent que je ne les entends pas du fond de ma chambre. Mais je vous ai assez longtemps tous côtoyés pour savoir que je suis mourant.

Je sais comment tout cela va se passer. Dans un futur très proche mon coeur, épuisé, se mettra en fibrillation ventriculaire, puis s’enfoncera dans une asystolie irrécupérable. Je sais ce qu’ils disent de moi pendant leurs staffs et leurs réunions pluridisciplinaires. Que je suis obsolète, que mon temps est fini, qu’il faut se faire une raison et me passer en soins palliatifs. Je ne veux pas mourir, j’ai des gens qui comptent pour moi sur qui je dois encore veiller. Tant de patients dans mes murs. Pourtant je le sens que je me meure, que je m’éteins.

J’espère que l’anamnèse de ma pathologie et l’énoncé de ma symptomatologie vous évoqueront un diagnostic. Que cette modeste lettre vous permettra de mettre le doigt sur cette probable maladie systémique dont je souffre depuis maintenant tant d’années et sur laquelle persiste depuis toujours ce grand point d’interrogation. Et que l’on trouve ensuite un traitement qui me sauvera avant qu’il ne soit trop tard. Vous êtes bel et bien, chers Docteurs, mon dernier, unique et ultime espoir de salut.

Bien confraternellement,

L’Hôpital Public français.

Les motifs de consultation aux Urgences Pédiatriques

On pourrait en faire tout un poème. Mais un poème à la Baudelaire, drôle et triste à la fois, du genre qui laisse un petit goût inconnu sur le fond de la langue, que l’on ne reconnait pas, mais que l’on sait ne pas être tout à fait heureux.

Ça commence comme une journée de garde normale, avec une salle d’attente pleine d’enfants en plus ou moins bon état. Ils jouent. Ils jouent à celui qui te vomira le plus dessus. A celui qui t’arrosera d’urine, ou tachera tes chaussures d’excréments verdâtres pour que tu puisses te dire "hum c’est bon, on l’a notre diagnostic de gastro-entérite aigüe". Ils jouent aussi au jeu rigolo de celui qui a la varicelle qui la passe à celui qui a la gastro qui la passe à celui qui a la bronchiolite. Tout ça dans une joyeuse farandole de VRS, Salmonelles et VZV qui dansent la gigue dans la salle d’attente.

De ci de là un caractériel qui court tout nu dans les couloirs en hurlant "Z’ai un ziziiii" poursuivit par une mère hystérique en pleurs, pendant que son petit frère se carapate dans la direction opposée.

Ici le gosse gentil qui te fait un bisou pour "te dire mici" en partant.

Le pas sympa qui fait un urticaire géant après avoir bu 10 Red Bull… à 10 ans.

Box 3, celui qui est tout sourire, qui va tout bien, le tout rose tout joli, avec des parents archis-convaincus qu’il est à l’article de la mort.

Celui dont on ne sait pas pourquoi il pleure depuis 2 heures et on finit par mettre ça sur le compte des dents faute de mieux. (Je rejoins Jaddo sur ce point là, ça a beau fasciner les parents, les dents,n’empêche que je n’ai fait qu’une seule fois dans ma vie un réel diagnostic de réelle douleur dentaire… Mais fichez nous donc la paix avec vos dents !)

Ceux qui veulent du Debridat, quasi-placebo dont même les médecins essayent de se convaincre de la réputée magique efficacité.

L’enfant de 4h30 du matin, celui qui vient quand tu es déjà lessivé, pour une CALC ("Consult à la con" que tu annonces à ton chef au téléphone). Celui qu’on connait tous. Quelque chose dans le genre :

"Docteur, depuis 3 nuits il se réveille en sursaut en pleurs. Il hurle et il est inconsolable. Et puis il raconte des histoires horribles de hache plantée dans le crâne…
- Il n’aurait pas vu un film d’horreur récemment ? que tu dis en souriant (du coin de la bouche seulement puisqu’on a dit que tu étais lessivé) tellement c’est évident.
- Oui, Sixième sens, comment vous savez ?"

"Sixième sens" que tu soupires, c’est tellement cliché que tu n’y crois même pas. Ce film à 7 ans, ça te fait le même effet que le Red Bull à 10.

" Hem. Ce sont des cauchemars. Hem.
- Ah bon. Et c’est grave ? Ca se guérit ?
- Ben faut le consoler quoi…
- Ah. Y’a pas un autre moyen ? Genre un cachet ?"

Foutue médicalisation intempestive.

Et puis dans tout ça, le vrai cas. Le neuroblastome que tu suspectes sur une banale radio du thorax que tu as fait pour un motif de consultation qui n’a rien à voir. Que tu confirmes à l’IRM. Et dont tu n’es même pas content d’avoir fait ce "beau" diagnostic fortuit à l’instinct, parce que merde, un enfant ça ne devrait pas avoir de cancer. Et encore moins en récidiver. Et toi tu ne devrais jamais, un jour, te retrouver là à lire des histoires absurdes de grand père dans le ciel à son frère jumeau pour tenter de le consoler d’un chagrin qui ne guérira jamais.

Le vrai cas qui te sert de leçon aussi. Celui qui a traumatisé indélébilement la mémoire d’une de mes chefs de garde. Cet enfant qu’elle a vu lors de sa dernière garde d’interne. Ce petit qui venait pour céphalées, dont la mère annonce que c’est, à coup sûr, une méningite. Tu souris déjà, ben bien sûr, une méningite sans fièvre ni syndrome méningé. Elle insiste, parce que son frère est décédé d’une méningite et qu’elle sait la reconnaître, elle. Elle ne se rend pas compte qu’elle ne t’aide pas à poser le diagnostic, qu’elle s’embourbe elle-même dans la case de l’énième mère psychotique que tu as vu ce jour-là. Quand l’enfant a chauffé, il était déjà trop tard. Quand ils ont fait la ponction lombaire, il était déjà trop tard. Ne jamais sous estimer le jugement d’une mère, qu’on nous apprend à la fac. L’interne qui était de garde cette nuit là s’en souvient jusque dans son âme de chef.

La gentille mère d’un enfant m’a laissé un exemplaire de la bible ce soir. Allez savoir pourquoi. Toujours est-il que ça lui a fait drôlement plaisir de nous l’offrir. Elle a du juger qu’on manquait (cruellement) de spiritualité. Elle m’a dit en partant que Dieu, qui n’était qu’amour, était partout autour de nous, jusque dans cette salle d’attente.

Du coup, nous, avec l’équipe, on l’a tous beaucoup cherché. On a regardé dans tous les coins. Soulevé tous les coussins. Ouvert chaque tiroir, chaque placard. Certains ont même regardé en eux. On se disait qu’avec cet exemplaire de la bible, là, tout ça, on devrait bien le trouver quand même. C’est vrai qu’on l’a foutrement bien cherché… Ce soir-là, on est tous revenus bredouilles. "C’est p’t'être qu’il est en vacances" a suggéré le fils de la gentille dame…

Mon top ten

Au début de mes études de médecine, j’ai crée un top ten. Pas n’importe quel top ten, non, un vrai, en forme de liste de modèles à atteindre.

Quand j’étais enfant, je suis passée par plusieurs stades. Là où les autres voulaient être, au choix, pompier ou institutrice, j’ai tour à tour voulu être chasseuse de dragons, avocate, peintre à mi-temps avec un petit boulot de charmeuse de serpents à côté, danseuse-chanteuse-serveuse (ah la découverte des mots en -euse) et, enfin, docteur. Oui, comme ça, d’un coup. Mais à vrai dire non, pas d’un coup, car j’avais une raison : la gosse de 6 ans que j’étais avait un modèle. En effet, mon médecin-à-moi-de-quand-j’étais-toute-petiote, c’était un parfait docteur de contes de fées. Brillant, un sens clinique à couper le souffle, humain, entier, disponible. Une nuit où j’avais 40°c de fièvre, il est même venu me soigner en portant encore son pantalon de pyjama et ses chaussons. Par dessus, sa veste. Et son magnifique sac de docteur que je croyais être une véritable malle aux trésors, qui sentait toujours bon le cuir neuf.

En sixième année de médecine, mon stage chez le praticien, c’est chez lui que je l’ai fait. Et j’ai vu à quel point il était considéré par ses patients. Toute cette confiance et cette bienveillance mutuelle qui existait au sein de la relation thérapeutique. A l’âge où les petites filles veulent épouser leur papa moi c’est avec lui que je voulais "me marier quand je serai grande". C’est dire mon admiration. Bon.

Voilà l’origine de mon top ten. Le Docteur P. aussitôt déclaré responsable de l’ouverture de cette liste.

Puis, j’ai pu travailler pour un interniste gériatre. Energique, humain, brillant (ça se répète un peu cette histoire, non ?). Moi qui pensait ne pas avoir tant d’affinité pour la gériatrie, sa passion fut communicative.. Chacun de ses conseils était précieux, et chaque mot parole d’évangile. Il m’a redonné un peu de cette humanité environnante qui faisait tant défaut durant mes études. Lui, qui en rentrant dans une chambre, faisait sourire tous les patients, a achevé le reste de misanthropie que la fac avait tenté de graver en moi. Je me suis alors découverte patiente, tolérante, disponible comme j’avais toujours rêvé de l’être.

Et voilà qu’aujourd’hui, je me rends compte que je travaille pour et avec une perle de pédiatre, brillante, humaine, brillante (ah je l’ai déjà dit une fois ça, non… ). Et que ça fait du bien de côtoyer tous les jours une sorte de modèle, quelqu’un qu’on admire, quelqu’un dont on se dit "quand je serai grande moi, je veux être comme elle".

C’est un modeste top ten de trois membres, trois VIP de médecins. Ceux là même que je vous souhaite à tous, soignants, patients, de croiser sur votre chemin. Juste pour vous prouver à tous qu’il en existe encore.

Je suis en quelque sorte un "bébé" docteur. C’est ma chance. Libre à moi de tout faire pour égaler mes quasi-inaccessibles modèles.

Il se trouve par ailleurs que le premier cadeau que l’on m’a fait après mon concours c’est un magnifique sac de docteur qui sent bon le cuir neuf. Et nul ne sait tout ce que ça peut représenter pour moi de le porter.

Monsieur le Médecin Chef des Urgences – Brouillon

Monsieur et cher maître,

J’ai l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance l’attribution d’un poste pour le prochain semestre dans votre service d’Accueil et d’Urgences, qui est non seulement le meilleur service du département mais aussi le seul qui puisse m’ouvrir les portes du DESC ainsi que d’une carrière d’urgentiste.

J’ai déjà eu l’occasion, durant mon externat, d’effectuer un stage dans votre service. Par ailleurs, j’ai eu le plaisir d’y travailler au cours de nombreuses gardes depuis le début de mon internat. Tout ceci me permet donc de m’être déjà plus que familiarisée avec votre nouveau système informatique et ses trop nombreux logiciels. Contrairement à d’autres postulants qui n’y sont jamais parvenus, cet entrainement m’a rendue capable de passer presque autant de temps auprès du patient que derrière l’écran du PC central.

J’ai eu l’honneur de travailler sous les ordres de tous vos émérites PUPH et assistants. Je connais leurs habitudes, leur inefficacité, et je tiens à préciser à quel point j’admire tout particulièrement leur investissement dans leur étude concernant la prévention et la prise en charge des escarres et autres irritations du siège dues à leur une station assise prolongée. Et bien sûr dans le soin de l’obésité évidente qui en résulte. Grâce à eux, je suis désormais au fait de l’avilissement mental que peut entraîner 10 à 12 nuits entières par mois passées sur les sites peoples. Ils m’ont appris le travail hospitalier, l’ignorance, l’indifférence et l’humiliation.

Je suis immunisée contre les différentes salmonelles, shigelles et autres campylobacters de la cuisine de garde, ce qui fait de moi une candidate idéale à l’abris des arrêts maladies. De plus, au cours de mon externat, dans vos locaux, j’ai été tellement irradiée que je ne risque désormais plus d’abandonner mon poste en plein semestre pour prendre un congé maternité, ce qui est un point notable.

Par rapport au service de Radiologie de garde, je suis déjà au courant des agissements de l’interne de premier semestre non séniorisé qui, régulièrement, ne parvient pas, même avec effort, à retrouver l’embolie pulmonaire sur l’angioscanner.

Connaissant déjà  toutes les relations intimes entretenues par les différents membres de l’équipe, je saurais ménager les susceptibilités de chacun.

J’ai eu le plaisir de fréquenter de même toutes vos perles d’infirmières au bord du burn out.

De plus, vous n’aurez plus à m’apprendre qu’en cas d’infarctus du myocarde il faut impérativement n’autoriser aucun de vos confrères à approcher le patient et appeler d’urgence une ambulance pour une clinique privée bien plus performante que votre propre unité ainsi que vous l’avez fait pour vous même l’an passé réaliser d’urgence un ECG et appeler d’office, selon votre protocole, le chef de cardiologie de garde.

En espérant que les arguments que je vous ai fournis vous décideront à me choisir pour le poste et dans l’attente d’une réponse favorable de votre part, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Stitchette, Interne de Médecine Générale  blasée 

Les dialogues du vagin

Appel téléphonique d’une patiente aux Urgences Gynéco.

"Docteur, je m’excuse de vous déranger, je vous appelle parce que j’ai un gros souci. Je suis totalement paniquée là. Vous avez une minute ?"

Entendons nous bien, ne perdez pas votre temps à demander, je n’ai que très rarement une minute. Et quand j’en ai une j’ai une foule de paperasses en retard à remplir. Mais bon. Je vous dirai toujours que j’en ai une parce que je sens toute la détresse de votre vie même au téléphone.

"Comme contraception j’utilise un anneau vaginal, un Nuva…truc…
– Un Nuvaring, oui oui je connais.
– Et je l’ai enlevé la semaine dernière. Comme je partais en vacances, j’en ai remis un dans la foulée, pour être "tranquille".
– Mmmh."

Approbation silencieuse du Docteur Stitchette qui commence à remplir un dossier ou faire un courrier en attendant que la patiente en vienne au fait.

"Et en fait, lors des rapports, il me gêne. Alors à chaque fois que j’ai un rapport ben je l’enlève (pardon ?) et là j’ai oublié de le remettre. Est-ce que je pourrais tomber enceinte ? (euuh… Ben oui ?) Au fait, c’était la semaine dernière, (bien sûr) c’est encore bon pour la pilule du lendemain (ben voyons…) ?"